Le sport collectif le plus prolifique en terme de titres internationaux grimpe dans la hiérarchie française pour atteindre la troisième marche du podium. Explications.
Le handball français, dans les années 80, végétait en troisième division et se battait pour ne pas descendre encore plus bas. Avec seulement 150 000 licenciés pendant que le basket en rassemblait plus de 400 000, il y avait un problème pour un sport pratiqué dans toutes les écoles, tous les collèges et lycées. C'est à ce moment là qu'une forte restructuration a été opérée dans ce sport. Ainsi, le physique était dès lors pris en compte dans la détection des meilleurs éléments mais également la technique des joueurs. Un ailier a un profil totalement différent d'un arrière ou d'un demi-centre. Le monde du handball français l'a compris. De plus, des cadres techniques ont été formés, et dans le même temps, des pôles France ont été créés, des lieux de détection sont multipliés, et pas qu'en Métropole... Un certain Jackson Richardson sera repéré sur l'Ile de la Réunion. Doté de qualités physiques pour pouvoir évoluer dans n'importe quel sport, c'est le handball qui l'enrôle. Bien lui en a pris. Au niveau scolaire, on a commencé à renouer les liens entre collèges et UNSS dans un premier temps, puis vers les clubs dans un second.
En 1992, après de très grosses évolutions dans le handball français qui a retrouvé de la qualité et Daniel Costantini à la tête de l'Equipe de France, les Bleus arrivent sur la pointe des pieds à Barcelone. Leur premier match les oppose à l'Espagne, grandissime favorite. Mais les Barjots jouent leur va-tout et ne pensent qu'à jouer, ce qui sera leur marque de fabrique. Une victoire plus tard et l'aventure était lancée. Terminant finalement troisième de la compétition, la France du handball renaissait. L'aventure des Barjots continuait l'année d'après en finissant second des championnats du monde. Et ces résultats mettaient en lumière une équipe joueuse, insouciante et complètement loufoque et imprévisible. Avec en tête de proue un joueur hors normes, Jackson Richardson. Complètement libre devant la défense, Costantini décode le handball en innovant son schéma de défense. La récompense ultime arrivera en Islande, en 1995. Champions du monde après avoir perdu un premier match et après une réunion de crise entre joueurs à l'initiative de Denis Lathoud, la France sera sur le toit du monde et prouvera à la Terre entière toutes les qualités de ce groupe. Ces très bons résultats permettent dès lors de redorer l'image du handball en France, mais le nombre de licenciés progresse toujours de manière linéaire, atteignant les 210 000 en 1995.
La période 1996-2000 a coïncidé avec quelques errements, notamment pendant les JO. Les places d'honneur multiples obtenues par l'élite française permet à l'évolution du nombre de licenciés de connaître la même progression. Cependant, Sydney 2000 sera un échec personnel pour Costantini et le groupe aura en quelque sorte décroché. L'année suivante, c'est la France qui organise les championnats du monde. Ca sera la dernière compétition en tant qu'entraîneur de Costantini. La France se sort de sa poule puis se défait dans les prolongations de l'Allemagne, avec un Richardson en guise de sauveur de la patrie à 9 secondes de la fin du temps réglementaire. La demi finale sera un peu plus facile et la finale face à la Suède sera de même acabit que le quart. Mais un Bercy en furie assiste au sacre à domicile des coéquipiers de Richardson, Fernandez, Dinart, Anquetil... Que des joueurs mythiques de l'équipe de France. La relève est presque prête avec la préparation en sous-main d'un certain Nikola Karabatic. La victoire française reste cependant un épiphénomène et n'influence pas l'augmentation des licences, ni le nombre de clubs qui stagne très clairement. Le handball doit faire face, par ailleurs, à la concurrence encore féroce du basket ball, mais aussi du football. Du fait de son doublé Coupe du Monde-Euro, la FFF comptabilise plus de 2.2 millions de licenciés. De loin la fédération la plus importante.
S'en suit une période plus compliquée où l'équipe de France est dirigée par Claude Onesta. Plus compliquée car sans titre mais elle se professionnalise aussi bien par les joueurs sélectionnés qui désormais fréquentent les tous meilleurs clubs européens mais aussi par le staff technique qui se spécialise, notamment dans la vidéo. Apparaissant sur le podium des mondiaux 2003 et 2005, la France se loupe encore aux JO face aux Russes en quarts. Devenant champion d'Europe pour la première fois en 2006, l'équipe de France s'inscrit en tant que favori de n'importe quelle compétition à laquelle elle participe. Volée par les arbitres en 2007 en Alllemagne face au pays hôte, les hommes emmenés par Karabatic feront des JO leur objectif principal. Ecrasant tout seur leur passage à Pékin, ils remportent l'or. Dès lors, cette équipe accrochera à son palmarès toutes les compétitions jouées.
Tous ces bons résultats, médiatisés très souvent sur Canal Plus dans les phases de poule puis sur France Télévisions lors de la finale, permettent au nombre de licenciés d'augmenter et d'approcher la barre fatidique des 400 000. Mais ce sont pas les seules raisons de cette réussite. Il faut par ailleurs noter les très bonnes performances des féminines, vice championnes du monde en 1999 face à la Norvège et en 2009 face à la Russie, elles deviendront championnes du monde en 2003 face à la Hongrie en remontant 7 buts dans les 8 dernières minutes. Ces très bons résultats donneront envie à de nombreuses femmes de pratiquer ce sport. La féminisation du sport n'est plus à démontrer et le handball fut un fervent étendard de cette évolution.
Enfin, les échecs successifs de l'équipe de France de football à l'Euro 2008 et lors de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud ont fait chuter à 2 millions le nombre de licenciés dans le sport roi en France. Le handball a fait partie de ces sports, tout comme l'athlétisme et la natation, qui ont profité des nouvelles envies des jeunes, désireux de pratiquer un sport qui gagne. Parallèlement à ces conditions, l'équipe de France de handball Hommes a continué d'enchaîner les victoires dans les championnats du monde 2009 et 2011 et dans le championnat d'Europe. Imbattables, les Experts sont devenus des stars en France. Faisant la Une du quotidien sportif français connu de tous, les joueurs de l'équipe de France ont aussi eu de nombreuses sollicitations pour d'autres journaux et magazines. Invités dans tous les médias, le handball est désormais de plus en plus promu.
Les meilleurs joueurs français ont tout gagné à l'étranger et reviennent désormais en France. Les salles se modernisent et de nouvelles enceintes se construisent, à l'image de l'Arena de Montpellier. Les Nikola Karabatic, Jérôme Fernandez, Xavier Barrachet ou Daouda Karaboué évoluent dans un championnat français revalorisé par Canal Plus et qui sera plus visible. La France du handball est en train de voir plus grand. Désormais une des premières nations du monde, la France veut organiser les championnats du monde 2017. La construction de nouvelles salles, comme celle de Villeurbanne, est obligatoire. Les enceintes présentes en Allemagne ou en Croatie doivent être des modèles sur lesquels le pays doit s'appuyer pour que ses voeux soient exaucés. L'échec de 2015 doit être compris.
L'autre grand chantier qui attend le handball français est la structuration de ces clubs. En effet, le nombre de salles stagne, tout comme le nombre de clubs, alors que les licenciés sont bien plus nombreux. Un gros embouteillage est à prévoir si des changements n'interviennent pas directement. Afin de conserver cette dynamique (désormais 442 000 licenciés), la FFHB est bien obligée d'intervenir, au risque de voir des envies et des talents déçus se diriger vers d'autres sports collectifs, comme le rugby qui se dote d'une image de plus en plus sympathique et dont les retombées médias sont encore bien plus importantes que celles du sport collectif le plus prolifique. A bon entendeur





















Commentaires